
Hollywood : les studios, les stars, les blockbusters
Hollywood n’est pas qu’un lieu géographique — c’est un système industriel, une mythologie et une machine à rêves qui a dominé la culture populaire mondiale pendant un siècle. Depuis les premières productions des années 1910 jusqu’aux franchises Marvel du XXIe siècle, Hollywood a inventé les stars, les genres, les studios, les Oscars et la notion même de blockbuster. Comprendre Hollywood, c’est comprendre comment l’Amérique a exporté ses valeurs, ses angoisses et ses fantasmes dans 190 pays.
Les grands studios : naissance d’un système
Le système des studios hollywoodiens se met en place dans les années 1920-1930. Warner Bros (fondé en 1923), MGM, Paramount, RKO, 20th Century Fox et Universal contrôlent l’ensemble de la chaîne de production : les studios, les acteurs sous contrat, les réseaux de distribution et les salles de cinéma. Ce système vertical est brisé par un arrêt de la Cour suprême en 1948 (arrêt United States v. Paramount Pictures) qui les oblige à vendre leurs chaînes de cinémas. L’âge d’or des studios — caractérisé par des films tournés en quelques semaines avec des acteurs liés par des contrats exclusifs — prend fin dans les années 1950.
Aujourd’hui, Hollywood est dominé par cinq grandes majors, toutes filiales de conglomérats médiatiques : Disney (qui a racheté Fox, Pixar, Marvel et Lucasfilm), Warner Bros Discovery, Universal (Comcast), Paramount (Viacom CBS) et Sony Pictures. Disney est la puissance dominante du box-office mondial depuis 2016 : ses franchises (Marvel, Star Wars, Pixar, Disney classique) représentent à elles seules plus de 30 % des recettes mondiales certaines années. Cette concentration est critiquée pour son effet homogénéisant sur la diversité culturelle du cinéma mondial.
Les stars : de Chaplin à DiCaprio
Le star system hollywoodien est une invention de la Première Guerre mondiale. Avant 1910, les studios gardaient leurs acteurs anonymes pour éviter d’avoir à les payer plus. Mais le public réclamait ses favoris, et les studios durent créer des ‘stars’. Charlie Chaplin devient dans les années 1920 le premier artiste à gagner plus d’un million de dollars par film. Clark Gable, Marilyn Monroe, Marlon Brando, Audrey Hepburn et James Dean définissent le modèle classique de la star — adulée, mystérieuse, inaccessible.
La génération des années 1990-2000 — Tom Hanks, Julia Roberts, Will Smith, Leonardo DiCaprio — représente le sommet des cachets : Tom Cruise touche 100 millions de dollars pour Mission Impossible 2 (2000), soit davantage que le budget de production de beaucoup de films européens. La crise du star system commence dans les années 2010 : les studios réalisent que les franchises (Avengers, Fast & Furious) attirent le public indépendamment des acteurs. Aujourd’hui, c’est le logo Marvel ou DC qui vend un film, plus le nom d’une star.
Les Oscars : histoire et controverses
L’Académie des arts et des sciences du cinéma est fondée en 1927 ; la première cérémonie des Oscars se tient le 16 mai 1929 dans la salle de bal du Roosevelt Hotel à Hollywood. Les statuettes dorées mesurent 34 cm et pèsent 3,8 kg. La cérémonie, diffusée à la télévision depuis 1953, est regardée par 20 à 30 millions de spectateurs aux États-Unis et des centaines de millions dans le monde. Citizen Kane (1941), considéré comme le meilleur film de tous les temps par de nombreux critiques, ne remporta qu’un seul Oscar (meilleur scénario original) — battu par How Green Was My Valley.
Les Oscars ont été régulièrement critiqués pour leur manque de diversité. En 2015, le mouvement #OscarsSoWhite expose le fait que sur 20 acteurs nominés, aucun n’est noir — dans un pays où les Afro-Américains représentent 13 % de la population. Depuis, l’Académie a élargi ses membres et le mouvement de diversification est visible : Parasite (Bong Joon-ho, 2020) est le premier film non anglophone à remporter l’Oscar du meilleur film, brisant un monopole anglophone vieux de 92 ans. En 2022, Will Smith gifle le présentateur Chris Rock en direct — scène vue par 16 millions de téléspectateurs.
Les blockbusters : économie du spectacle
Le premier film à dépasser 100 millions de dollars de recettes aux États-Unis est Les Dents de la mer (1975). Avatar (Cameron, 2009) dépasse les 2 milliards de dollars mondiaux pour la première fois ; Avengers : Endgame (2019) les dépasse avec 2,79 milliards. Ces chiffres astronomiques ne reflètent pas nécessairement la qualité artistique : ils reflètent l’économie du divertissement mondalisé, où une franchise en 3D avec des effets numériques spectaculaires peut être simultanément diffusée dans 4 000 salles américaines et 40 000 salles mondiales le même week-end.
Le modèle économique de Hollywood a profondément changé depuis l’émergence des plateformes de streaming. Netflix, Amazon Prime, Disney+ et Apple TV+ investissent des milliards dans des films et séries originaux, attirant des réalisateurs comme Alfonso Cuarón (Roma, 2018) et Martin Scorsese (The Irishman, 2019) avec des budgets et une liberté créative que les studios ne peuvent plus offrir. La question de savoir si un film diffusé uniquement sur Netflix est un ‘vrai’ film de cinéma est l’une des querelles les plus vives de l’industrie contemporaine.
L’influence culturelle de Hollywood dépasse le seul divertissement : le cinéma américain a joué un rôle de propagande douce pendant la Guerre froide, exportant l’idéal américain (démocratie, liberté individuelle, rêve américain) dans les pays alliés et neutres. Le département d’État américain et la CIA ont activement soutenu des productions favorables à l’image des États-Unis dans les années 1950-1970. Aujourd’hui, les négociations commerciales entre les États-Unis et l’Union européenne incluent systématiquement des clauses sur l’exception culturelle et les quotas de diffusion de films nationaux — preuve que Hollywood est perçu comme un outil de pouvoir autant que d’art.
Testez vos connaissances
Envie de continuer à tester vos connaissances ? Retrouvez tous nos quiz et articles sur Le Petit Quiz.
Découvrez d’autres thèmes qui pourraient vous plaire :