Le Moyen Âge en France : les grandes étapes

Des Mérovingiens aux guerres de Cent Ans, le Moyen Âge français est une période d'une richesse extraordinaire.

Histoire

Le Moyen Âge en France : les grandes étapes

Le Moyen Âge, période qui s’étend conventionnellement de la chute de Rome en 476 à la prise de Constantinople en 1453 (ou la découverte des Amériques en 1492 selon les historiens), n’est pas l’ère de ténèbres que la Renaissance a voulu voir dans son prédécesseur immédiat. En France, ce millénaire a vu naître les premières institutions monarchiques, l’Église comme puissance politique dominante, les universités, les cathédrales gothiques et les prémices d’une langue et d’une identité nationale.

Les Mérovingiens et la naissance du royaume franc

Clovis Ier (481-511), roi des Francs, est le fondateur de la première monarchie française. Son baptême vers 498 ou 508 — la date fait débat — à Reims par l’évêque Remi est un moment fondateur : en choisissant le catholicisme (et non l’arianisme alors dominant chez les Wisigoths et les Burgondes), Clovis s’assure l’alliance de l’Église romaine. La France sera longtemps la fille aînée de l’Église. Sous les Mérovingiens, le royaume franc s’étend de la Loire aux rives du Rhin, intégrant les territoires actuels de la France du Nord, de la Belgique et d’une partie de l’Allemagne.

La période mérovingienne est marquée par des guerres fratricides entre héritiers — les rois ne pratiquent pas l’héritage au fils aîné mais partagent le royaume entre tous leurs fils. Ce système, combiné à des rois souvent couronnés enfants et manipulés par leurs maires du palais, affaiblit progressivement la dynastie. Charles Martel, maire du palais, arrête l’expansion arabe à Poitiers en 732 — bataille symbolique dans l’histoire de l’Europe, même si les historiens modernes nuancent son importance militaire réelle. Son fils Pépin le Bref dépose le dernier Mérovingien en 751 et fonde la dynastie carolingienne.

Charlemagne et l’Empire carolingien

Charlemagne (742-814), roi des Francs dès 768, réunit sous son autorité un empire s’étendant de l’Atlantique à l’Elbe et du Danemark à l’Italie centrale. Son couronnement comme Empereur d’Occident par le pape Léon III à Rome le 25 décembre 800 est l’un des actes politiques les plus lourds de conséquences du Moyen Âge : il recrée l’idée d’un Empire romain d’Occident et établit un précédent selon lequel la légitimité impériale peut être conférée par le pape — source de conflits entre Empire et Papauté pendant six siècles.

Charlemagne développe aussi ce que les historiens appellent la Renaissance carolingienne : il rassemble des savants à sa cour d’Aix-la-Chapelle (dont Alcuin d’York), lance un programme de création d’écoles dans les monastères et les cathédrales, et standardise l’écriture (la minuscule carolingienne), base de l’alphabet romain moderne. Après sa mort, le traité de Verdun (843) divise l’empire entre ses trois petits-fils en trois blocs qui préfigurent grossièrement la France, l’Allemagne et l’Italie actuelles.

Les invasions normandes et la féodalité

Aux IXe et Xe siècles, les royaumes issus de l’empire carolingien sont ravagés par trois vagues d’invasions simultanées : les Vikings (Normands) depuis le nord, les Sarrasins depuis le sud et les Hongrois depuis l’est. Les rois carolingiens, incapables de protéger leurs territoires, délèguent la défense aux seigneurs locaux qui en échange obtiennent terres et pouvoirs. C’est l’émergence du système féodal : une pyramide de liens de vassalité où chaque seigneur doit protection militaire à son suzerain et gestion de la terre à ses serfs.

Charles le Simple cède en 911 la Normandie au chef viking Rollon, qui se convertit au christianisme et devient vassal du roi de France. Les descendants de Rollon, les ducs de Normandie, seront parmi les seigneurs les plus puissants d’Europe : l’un d’eux, Guillaume le Conquérant, envahit l’Angleterre en 1066 et en devient roi, unissant pendant deux siècles les destins politiques de la France et de l’Angleterre dans une rivalité structurante pour l’histoire médiévale.

Les Capétiens et la construction de la monarchie française

Hugues Capet, élu roi en 987, fonde la dynastie qui règnera en ligne directe jusqu’en 1328 et dont les branches (Valois, Bourbon) gouverneront la France jusqu’en 1830. Les premiers Capétiens ne contrôlent directement qu’une mince bande de territoire autour de Paris et d’Orléans — l’Île-de-France — bien plus petite que celle de certains de leurs vassaux comme le duc de Normandie ou le comte de Champagne. Mais la légitimité du roi de France, consacré à Reims, est incontestable sur le plan symbolique et religieux.

Philippe II Auguste (1180-1223) est le premier grand architecte de la monarchie capétienne : il récupère la Normandie sur les Plantagenêts anglais (1204), triple le domaine royal et fait de Paris une vraie capitale avec la construction des Halles, la muraille fortifiée et les débuts du Louvre (1190). Louis IX, dit Saint Louis (1226-1270), est le roi médiéval français le plus admiré de l’Époque : croisé deux fois (dont une captivité en Égypte en 1250), il réforme la justice, interdit les duels judiciaires et instaure la présomption d’innocence dans les procès royaux. Il fut canonisé en 1297.

La guerre de Cent Ans et la fin du Moyen Âge

La guerre de Cent Ans (1337-1453) n’est pas une guerre continue mais un ensemble de conflits entre la France et l’Angleterre pour la succession au trône français. Elle commence quand Édouard III d’Angleterre revendique la couronne de France à la mort de Charles IV sans héritier mâle direct. Les désastres français de Crécy (1346), Poitiers (1356) et Azincourt (1415) — où la chevalerie française est anéantie par les archers anglais à pied — semblent condamner la royauté. Le traité de Troyes (1420) donne le trône au roi d’Angleterre Henri V.

C’est dans ce contexte de quasi-effacement de la monarchie française que Jeanne d’Arc (1412-1431) surgit. Cette jeune paysanne de Domrémy affirme entendre les voix de saints lui ordonnant de chasser les Anglais et de faire couronner Charles VII à Reims. Elle délivre Orléans le 8 mai 1429, fait couronner le roi en juillet, mais est capturée par les Bourguignons, vendue aux Anglais et brûlée comme hérétique à Rouen le 30 mai 1431. Sa réhabilitation posthume en 1456 et sa canonisation en 1920 en font le symbole de l’identité nationale française.

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